Revue Studia Kurdica

Nous vous présentons le nouveau numéro de ’Studia Kurdica’ (Revue études Kurdes en français et en anglais de l’Institut kurde de Paris) publié sous la direction d’Engin Sustam. Ce numéro qui porte sur les travaux artistiques dans les espaces kurdes en Turquie, en Iran, en Irak et en Syrie, s’intitule « Les pratiques artistiques kurdes à l’épreuve de l’approche décoloniale ». Ce dossier réunit trois articles de fond et deux entretiens. Mari R. Rostami propose une analyse du théâtre kurde au Kurdistan irakien, en examinant son émergence et les discours qu’il a suscités autour des rôles et des droits des femmes, notamment à travers les critiques du mouvement féministe kurde. Son approche met en lumière, dans une perspective féministe, les enjeux de visibilité et la micro-mémoire des femmes dans le champ théâtral. Le deuxième article, signé Duygu Çelik, s’intéresse à la présence des dengbêj (figures de bardes et de troubadours kurde) dans le théâtre en Turquie. À partir de la notion de « vivre la mort », elle analyse les expériences de répression politique qui traversent ce théâtre, tout en explorant les formes contemporaines d’histoire orale. Son travail interroge la manière dont le théâtre kurde parvient à résister à la censure et à s’inscrire dans un contexte de forte contrainte sociopolitique, ainsi que l’influence de la tradition des dengbêj sur les pratiques théâtrales.

L’article d’Engin Sustam propose quant à lui une analyse approfondie de l’art contemporain kurde à partir des années 1990. En s’appuyant sur des artistes issus de différents espaces (Turquie, Irak, Syrie et diaspora occidentale), il interroge la mémoire collective de cet art et en souligne la dimension archivistique. Son étude met en évidence les apports d’une perspective décoloniale dans la compréhension des pratiques contemporaines kurdes. Enfin, le dossier comprend deux entretiens avec des figures majeures de la scène artistique et cinématographique. Nimet Gatar dialogue avec le cinéaste Ali Kemal Çınar autour de la question de la masculinité, de sa pratique cinématographique et de ses films. Cet échange permet d’éclairer les représentations de la masculinité dans le cinéma kurde à travers l’analyse de son œuvre. Le dernier entretien, mené par Engin Sustam avec Şener Özmen, revient sur les trajectoires de l’art contemporain kurde depuis les années 1990, en abordant à la fois les œuvres, les réseaux artistiques et les cadres de production. Cette conversation contribue à documenter et à archiver une mémoire collective essentielle pour la compréhension des pratiques artistiques kurdes contemporaines.